Vers l’autonomie alimentaire – Soyez prêts!

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Porté par un élan d'enthousiasme, qui ne s'est pas déjà retrouvé avec des tomates pour un village entier ou une montagne de laitues tout au long de l’été ? La planification du jardin est une étape cruciale à son succès et pourtant, elle laisse encore perplexes bien des jardiniers et jardinières. Alors comment s’y prendre lorsqu’on aspire à produire un jardin nourricier ?

Les puristes de l’autonomie alimentaire produisent tout, des outils aux semences. Les plus laxistes des jardiniers se satisfont de produire quelques légumes et fines herbes pour leur consommation estivale. Entre les deux, plusieurs aimeraient servir à leur table la production de leur potager le plus souvent possible. Et pourquoi pas 12 mois par année ?

D’ailleurs, les avantages de ce rêve parfaitement réalisable abondent, par exemple :

  • Meilleur contrôle de la qualité;
  • Meilleur choix de variétés;
  • À l’abri des hausses de prix;
  • Vulnérabilité réduite aux pénuries.

Mais comment y arriver?

Nos ancêtres possédaient cette science, mais la transmission de leurs connaissances a connu des ratés avec l’arrivée de l’industrialisation et la croissance des villes.

Heureusement, cet article répond aux questions relatives au nombre et à la nature des espèces qui devraient figurer dans un potager appelé à nourrir 4 à 5 personnes toute l’année. L’objectif est d’engranger des récoltes qui fourniront les calories et les protéines nécessaires à une alimentation saine et équilibrée, hiver comme été.

Bien sûr, pour se nourrir toute l’année, il faut plus qu’un balcon. Cependant, en fonction de l’espace disponible, on peut faire des choix plus éclairés quant aux espèces à privilégier en raison de leur teneur calorique et protéique, mais également selon leur versatilité et leur capacité à l’entreposage par transformation ou telles quelles.

Crédit Les Alterculteurs

Quelles espèces cultiver

Très souvent, nos goûts culinaires dictent le choix des légumes qui pousseront dans notre potager, et c’est tout à fait normal.

Par contre, si l’on tient compte de leur teneur calorique et protéique, certains légumes pourraient s’ajouter à cette liste, quitte à laisser moins d’espace à une autre variété moins nutritive. Ces légumes à haute teneur calorique et protéique pourraient donc être vus comme les incontournables du jardin nourricier. Une sélection parmi la liste suivante assurera déjà un bon point de départ :

Au-delà de la valeur nutritive, ou plutôt conjointement à celle-ci, il faut réfléchir aux possibilités de transformation ou de conservation en chambre froide pour garnir notre table en hiver. Les méthodes de transformation et de conservation sont multiples et polyvalentes : congélation, déshydratation, lactofermentation, marinade/cannage, et séchage. Cultiver des légumes et fines herbes qui se consomment principalement frais n’est pas à éviter en soi, mais il est important de trouver l’équilibre pour assurer la pérennité de ses provisions.

Enfin, votre régime et vos habitudes alimentaires sont à analyser. Ne cultivez pas une espèce dont vous avez horreur même si elle présente un bilan nutritionnel hors pair, nous ne voudrions pas gaspiller. Les végétariens et végétaliens devront également porter une attention plus grande aux espèces à haute teneur protéique contrairement aux omnivores qui pourront se tourner vers l’élevage pour aller chercher d’autres nutriments.

Maximiser l’espace

Qu’en est-il de l’espace ? L’espace nécessaire pour produire assez de denrées pour une famille de 4 à 5 personnes varie selon les sources, mais tous s’entendent pour dire que 300 m2 à 500 m2 est une bonne proportion (soit 3229 pi2 à 5382 pi2). Il vous faudra faire des choix quant aux espèces et leur quantité dans tous les cas. Lorsqu’on cultive sur un espace restreint, il est important d’appliquer certains principes de jardinage pour maximiser l’espace tout en favorisant la santé de son sol :

  • Ajout de matière organique : un compost à base de résidus verts est incorporé dans le sol la première année, ainsi que des amendements qui favorisent l’établissement d’un bon écosystème du sol (activateur de sol, biochard, mychoryze, algues marines, etc.) et du paillis en surface.
  • Rotation des cultures : en fonction de leur besoin en azote.
  • Usage de plantes à grains, à feuilles, à fruits et à racines pour maintenir le système auto-fertile et produire une nourriture variée à valeur nutritive élevée.

Votre terrain ne vous permet pas l’occupation potagère d’une telle surface ? Le maraîchage biointensif pourrait être pour vous. Grâce à cette méthode, la production d’un potager de 180 m2 (environ 45 pi x 45 pi ou 2025 pi2) permet de nourrir une famille de 4 à 5 personnes pendant une année. En plus des principes énoncés ci-haut, cette technique agricole durable a fait ses preuves et se base sur les principes suivants :

  • Culture sur butte : lors de l’établissement de la parcelle, on travaille le sol en profondeur (équivalant à 2 fers de bêche) et par la suite, on passe seulement la grelinette* pour ne pas détruire l’écosystème du sol.
  • Semis et plantations en quinconce : ainsi, on maximise l’espace pour obtenir un rendement plus élevé au m2 en plus de garder la surface du sol plus fraîche et humide.

Elle demande toutefois un bon investissement en temps. Ceux et celles qui souhaitent en apprendre davantage sur le maraîchage biointensif peuvent lire le best-seller Le Jardinier-maraîcher de Jean-Martin Fortier publié chez Écosociété (2015, 240 pages), un ouvrage de référence reconnu mondialement.

Jardinier-maraîcher (Le) – Manuel d’agriculture biologique sur petite surface

Un outil à découvrir : la grelinette

Son nom est fort joli, son efficacité redoutable et sa manipulation facile : que demander de plus!

Mais le plus gros avantage de la grelinette est d’ameublir le sol sans le retourner. De cette façon, on ne détruit pas les écosystèmes du sol et celui-ci maintient une bonne fertilité, naturellement!

Les semis successifs

Il est trop facile de passer outre la planification des semis successifs lorsqu’on prépare son jardin, et pourtant, il s’agit d’un aspect crucial du jardinage efficace. Certains légumes et fines herbes poussent très lentement alors que d’autres poussent très vite. Sans les semis successifs, le jardin peut se retrouver avec des espaces non-occupés pendant les saisons de culture. Que ce soit en maraîchage biointensif ou sous des conditions de jardinage normales, il est important de planifier les cultures successives afin d’optimiser l’espace et le potentiel de récolte. Qui plus est, en étalant les semis, on évite de se retrouver avec 100 laitues prêtes à la consommation au même moment. On évite ainsi les risques de gaspillage et on augmente le rendement de son jardin, que demander de mieux !

Qui planifie les cultures successives, réfléchit aux saisons. Quand plantons-nous une culture et quand la récolterons-nous ? Certaines cultures ne feront qu’une brève apparition dans votre jardin au printemps ou à l’automne. Alors que d’autres seront des locataires permanents. Cela a une grande influence sur votre espace disponible.  

Ce qu’il faut savoir…

Sous forme de tableaux, voici la liste des légumes et fines herbes à cultiver dans un potager pour nourrir 4-5 personnes toute l’année.

  • La colonne « Espèce » indique l’espèce sans faire mention de la variété. À vous de choisir les variétés que vous préférez! Et rappelez-vous que vous pouvez sans problème délaisser une espèce au profit d’une autre selon votre préférence culinaire.
  • La mention « Incontournable » souligne les légumes vedettes en raison de leur haute teneur calorique et protéique. Bien qu’il n’est pas nécessaire de tous les cultiver, prioriser leur culture si possible.
  • La colonne « Quantité » donne le nombre de plants à cultiver. Notez que pour de nombreuses espèces, on doit prévoir des semis successifs.
  • La colonne « Semis successifs » nous informe des variétés à semer en culture successive ainsi que les moments propices pour les semer. Le nombre de semis successifs possibles d’effectuer dépend de la durée de la saison de croissance dans votre région.
  • La colonne « Parties comestibles » indique quelles parties de la plante sont consommées.
  • La colonne « Transformation » propose les diverses méthodes de transformation de votre récolte pour la rendre propre à la consommation ou pour la conserver sur une longue période.

Télécharger le PDF des légumes-feuilles et légumes-fruits

Télécharger le PDF des légumes racines et des bulbes

Télécharger le PDF des herbacées

Télécharger le PDF des légumes à graines

Qui va où?

Cette grande quantité de légumes à cultiver dans un espace aussi modeste ne relève pas de la magie, mais de la planification. Aussi, un prochain article traitera de l’aménagement du jardin :

  • où planter les espèces pérennes (vivaces, arbustes)
  • comment organiser les semis successifs
  • pourquoi jumeler 2 cultures sur une même planche
  • comment la compréhension des guildes peut nous amener encore plus loin que les principes de compagnonnage des plantes, et plus encore  

Avec toutes ces informations, vous pourrez démarrer votre projet d’autonomie alimentaire dès cette année !

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